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Corinne
Gatel dessine et peint sans relâche depuis l’enfance. Depuis
les premiers coups de crayon, elle est attirée par la matière humaine :
les visages, les corps, leur expression et le mouvement. A l’âge où l’on
choisit un métier, la société et le spectre du chômage l’orientent sur une voie
classique, loin de sa passion pour les formes et les couleurs. Ce
n’est qu’à la maturité qu’elle décide d’abandonner sa raisonnable activité
professionnelle pour se consacrer à sa rage de créer. Ces
années d’expression artistique refoulée donnent naissance à la série des
tableaux expressionnistes « Les
Gorgones ». A la manière du « cri »
(d’E. Munch), ses visages féminins de méduses hurlent. La palette chromatique
est réduite aux couleurs primaires brutes, comme le furent souvent celles de Kirschner et des artistes de Die Brücke et le rouge prédomine le plus
souvent. Dans
« les Gorgones », la trace
laissée par le couteau est violente, acérée. De
même, dans les nus de Corinne Gatel, au dessin rapide et spontané, on retrouve
sans peine le trait anguleux d’Egon Schiele. Ces
visages grimaçant des gorgones (« Le
Cri », « Gorgone rouge », « Black and white gorgone »)
paraissent enfin exorciser un long silence, le silence des apparences (« Gorgone en toi », « Le silence de
Gorgone »). Cette rupture se lit dans l’audacieuse juxtaposition des
couleurs et dans la vivacité de la touche. Cet
expressionisme au féminin se traduit avec évidence comme un accouchement, une
renaissance (« Métamorphose »).
Cette énergie de procréation habite l’artiste dans son œuvre, comme dans la vie
(elle a quatre enfants !). A
la manière des « femmes-serpents »
de ses toiles, l’artiste opère sous nos yeux à une mue violente et radicale.
Cette mue est symboliquement dangereuse puisque l’œil de « La Gorgone » pétrifie ses ennemis et pourquoi pas
elle-même (« Le miroir »). Isabel Mirandol |
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